De Jünger aux Bobos, ou la vaine recherche du salut par la forêt.

Publié le par Désherbant

Lorsque l’emprise et le stress de la ville se font trop  forts, lorsque le poids de la civilisation technicienne devient trop lourd, il reste au Bobo d’aujourd’hui un ultime refuge que Jünger nommait : « le recours aux forêts ».

Cette vieille tradition germanique qui permettait à un homme de sauvegarder sa liberté en s’enfonçant dans les profondeurs inviolées des bois, Jünger l’avait adaptée aux temps modernes et théorisée dans un tout petit livre et peu gourmand en fibres végétales : « Traité du rebelle » … Tout un programme.

Notre époque, qui a fait siens la détestation de la nature et l’apologie de l’artifice, le mépris pour les campagnes et l’éloge des villes, que prônait hautement Baudelaire, ne saurait avoir un sourire de commisération pour de telles « niaiseries naturalistes ».

Evoquer la Terre mère et les puissances chtoniennes du passé, n’est pas exempté, aujourd’hui, d’une dérive idéologique fasciste.

Et tant pis si, adroitement, le fascisme feint de s’identifier, à rebours, avec un credo teinté de modernité et de la technique dont, entre autre,  Marinetti, ainsi que tout son courant artistique  « Moderniste », en fut le chantre naïf …

Quant aux pseudo-écologistes bobos si « modernes », qui se flattent d’être peinturlurées en vert, leur conception d’une nature sanctuaire, sans prédateurs ni loi de la jungle, relève assurément plus  d’un parc de loisirs à la Disneyland que de la réalité.

Un enclos virtuel et aseptisé si proche de Hölderlin ….

Les Walkyries ne sont jamais loin.

Force est de constater du fossé qui existe entre les stéréotypes recherchés par ces visionnaires illuminés et familiers du macadam, avec la vie réelle de la campagne avec ses terrifiants engranges sociétaux si spécifiques aux « bourseaux » qui y habitent et que Jules Renard appelait, plus poétiquement, "nos frères farouches".

Dans la réalité de la ville, la nature se confond avec le pot de basilic cultivé sur le rebord de la fenêtre et la forêt du bois de Boulogne et ses aires de pique-nique aménagées …

Malheureusement pour ces naturalistes, la forêt véritable n’est, ni aussi rassurante, ni aussi civilisée, ni encore moins, autant aménagée que les parcs en ville. D’où le désenchantement sans appel après les premiers naïfs  et  infructueux contacts.

Deux mondes se font face.

Les animaux qui peuplent la forêt ne se laissent pas approcher aussi facilement comme ceux du Jardin des Plantes derrière leurs grilles. Aussi c’est en vain qu’on chercherait chez nos écolos du bitume des considérations sur la nature ou de la forêt qui sonneraient vrai.

N’en déplaise à nos nostalgiques philosophes Allemands.

Une incompréhension entre les individus  et les végétaux similaire à l’intérêt que la tempête de 1999 a porté pour l’ensemble de ces arbres de haute futaie que ses vents ont fauché.

Un effet dévastateur tel le baiser de la mort.

Que reste-t-il donc de cet amour inexécutable entre le citadin et son candide amour des bois et si comparable à celui du bûcheron pour les arbres ?

D’inutiles ramasseurs ponctuels de champignons que nous sommes, nous nous rendons en forêt sans connaître un iota des caractéristiques bénéfiques ou toxiques du monde végétal. Tels des fous, nous cheminons sur les territoires de la mort et que notre incompétence en béton armé, nous fait conjecturer qu’il s’agit de mère nature.

Schizophrènes, nous ambitionnons la communion avec une nature inconnue et antithétique que nous avons tant contribuée à anéantir, piller, annihiler.

 Croyant assurément acquiescer une harmonie avec elle, nous oublions tout simplement de se faire accepter par elle.

D’où cette terrifiante illusion dévastatrice, passéiste et mortifère qui, si chère à Jünger, manœuvrait jadis l’humanité vers une conflagration  mondiale sans précédents.

Subjuguée par les esprits des selves de ses barbares croyances mythologiques, l’Allemagne post romantique, rêvant de pureté de la race, d’hégémonie sur le monde  et sur ses peuples. Cette Allemagne là, se laissait glisser, le plus massivement et le plus naturellement du monde, dans l’égarement destructeur de la folie nazie.

Les forêts étaient si belles, si bienveillantes, si vertes.

Elles n’étaient en Bavière d’abord, et en France par la suite, hélas, que … noires …

Le salut par la forêt ? Ou l’autodafé - naturel - de toute une civilisation.

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Polo 01/02/2013 15:17


Bonjour ; je ne découvre votre billet d'humeur que tardivement, mais le sujet m'intéressant, je me permet que me mêler à votre discussion. Mettre le doigt sur l'angélisme des bobos et leur amour
d'une nature idéalisée  ou fantasmée qu'ils ne connaissent pas et ne pratiquent qu'artificiellement, voilà une démarche iconoclaste assez plaisante. ;-) Pour nombre de bobos, l'amour de la
nature relève à mon sens d'une lecture de J.J. Rousseau mal digérée et de la nostalgie d'un âge d'or qui n'a sans doute jamais exité... En ce sens, je suis d'accord avec vous, il y a une certaine
irrationnalité dans cette aspiration moderne à une vie "naturelle".


Pour autant, certains points de votre argumentation me laissent quelque peu perlexe...


Vous proposez une lecture du "Traité du rebelle" de Jünger au premier degré, alors que son recours aux forêts est avant tout une démarche philosophique et ne signifie nullement qu'il faille
déménager dans une cabane au fond des bois...


La référence au nazisme ? Je trouve cette "reductio ad hitlerum" assez pesante. Hitler etait végétarien... Tous les végétariens sont-ils donc nazis ? Vous citez en outre Marinetti en référence,
or ce dernier était Italien et Fasciste. Nul ne peut nier qu'il existe un monde entre l'univers culturel, mental, psychologique, spirituel des Nationaux-Socialistes et celui des Fascistes malgré
une certaine convergence idéologique. De plus, Marinetti n'a jamais été une référence dans l'idéologie Nazie.


Par ailleurs, vous semblez balayer d'un revers de main les conceptions spirituelles des anciens celtes et germains, alors que cette spiritualité, comme la plupart des panthéismes - par opposition
aux religions du livre - se fondaient en grande partie sur le présupposé d'un monde enchanté, ou l'homme et la nature - à défaut de vivre en symbiose, vivaient en harmonie. Partir de l'idée d'une
sacralisation de la nature me semble intéressant, car ce qui est Sacré est vénéré, donc respecté et préservé. Nul ne peut plus nier aujourd'hui les ravages causés par l'homme moderne, ultra
"rationnel", sur son environnement, qui on le voit bien sans pour autant tenir un dicours apocalyptique, mêment l'humanité aux portes de désastres écologiques majeurs... Les anciennes
spiritualités, dès lors qu'elles ne deviennent pas un dogme ou une idéologie, sont à mes yeux une voie intéressante pour tenter de ré-enchanter le monde, de recréer un lien entre l'homme et la
nature, ne serait-ce que par le biais d'une lecture symbolique du monde qui nous entoure, et dont nous ne sommes pas extérieurs".


Voilà en quelques lignes les réflexions que m'inspirent votre texte. Au plaisir de vous lire. Cordialement.


Polo

Désherbant 03/02/2013 09:13



Cher Polo,


un sincère merci pour cet éclairage et pour ces précisions que vous apportez en écho à ma note en objet.


En vous remerciant pour l'aimable attention que vous avez su apporter à ce blog.


Bien cordialement.



Miss Hyde 06/02/2009 12:04

amusant ton analyse de l'allemagne... ( d'une certaine allemagne ). je suis germanophile et l'irlande et l'allemagne ont cultivé leur attache commune au 20eme siecle car ils avaient un ennemi commun : l'angleterre. Si jamais tu es interessé par le fantastique, l'allemagne , l'irlande et les meandres de la nature humaine, je te conseille de jeter un oeil dans la partie droit e de mon blog ;là ou c'est ecrit " a paraitre", ce roman ( pub ) ecrit par Miss Hyde elle même avec ses petites pattes devrait sortir bientot chez un editeur breton. Si jamais cela t'interesse, a la lecture du résumé ( c'est un thriller ) contacte moi. En tout cas, ce que tu as dit, m'a fait penser  à ce que j'y avais ecrit ! voilà... a toi de voir...

Désherbant 06/02/2009 15:02



... Et bien dis donc, 
mais c'est bien intéressant, tout ça,
chère Miss Hyde ...
Je vais de ce pas lire ce petit "summary"
et on reste en contact ...
Ah ! L'Irlande ...
Sacrée contrée, n'est ce pas ?
:-):0010:



zaq 29/10/2008 10:32

la sylviculture n'est pas un vilain défaut...mais j'ai préféré les forets "primaires" avec des fougères de 4 m et ldes essences rares...heureusement que mes origines ne sont pas germaniques sinon il y avait lieu de 's'interroger ! ciao à toi

Désherbant 29/10/2008 10:44



... Ah bon ? T’es pas Allemand, toi ?


Bon, soit-alors. Va pour cette fois-ci.


Mais … je t’ai à l’œil, hein ??


;-)


A + Zaq et merci pour tes passages.


Auwiedersehen



Handi@dy: :0016: jaccede.com 28/10/2008 20:12

Eh bien si je n'y connaissais rien, je n'aurais rien eu à faire dans mon métier! Le fait de parler de ton site à la toub qui me suit a suffi à secouer mon peit monde (genre la honte, on est des pros, on la suit et elle trouve sa solution sur internet!) La toub du samsah a appelé un autre fournisseur, très sympa, qui m'a proposé un système sur pieds, en attendant qu"on monte le dossier pour un rail plafonnier (ce que j'avais en cure fin 2007). En attendant, la toub a mis la pression au premier fournisseur et il a amené le lendemain un soulève-malade. Là ça va, je n'en ai pas besoin, mais il suffit d'une crève ou d'une infection, d'une fatigue extrême, et me revoilà condamnée à somnoler en titine au lieu dde dormir... Le dossier est en cours, on a besoin que ma mutuelle accepte. Et elle estlente pfff! En suspens. Demain je vois la toub qui rappellera le second fournisseur. Merci, ton action a tout décanté! Et si ça bloque, je pourrai toujours revenir sur le site! MERCI! BIZ!

Désherbant 29/10/2008 10:38



Hello Handiady. Je suis ravi que les choses relatives à la commande de ton matériel médical se soient un peu décantées grâce aux
multiples relances et injonctions que tu as impartis aux professionnels de soins qui t’entourent.
Il faut dire qu’ils m’ont l’air d’être un peu amorphes du bocal ceux là. Lol.


Je reste en tout cas, si nécessaire, à ta dispo pour tout renseignement complémentaire en la matière. N’hésite surtout pas,
hein ?!?


Une belle poignée, au passage,  de biz en ta direction. Bon courage.


A ++


:0010 :



lizagrece 28/10/2008 13:58

Je ne sais pas j'ai beau relire je trouve ton propo pas toujours clair ...Que tu rappelles le culte Germanique pour la forêt qui date de la nuit des temps et qui a débouché sur ce que l'on  sait ... Là oui , jusqu'ici je suis ...Que tu veuilles dire (si j'ai bien compris) que les écolos purs et durs peuvent dévier ... OK Oui  mais que signifie le reste et cette étrange conclusion ? LIZAGRECE

Désherbant 28/10/2008 15:44



Ok Liza, je vois. Bref, pour faire court, je me suis attelé ici à faire un parallèle (raccourci ?) entre
l’amour de la nature (et de la forêt, plus particulièrement) et la caractéristique la plus importante des idéologies pré et post nazies : l’Irrationalisme. Cet irrationalisme nordique
s’oppose au scientisme occidental et s’inspire d’un renouveau du Romantisme allemand. Dans cet esprit, les allemands, aborderont les problèmes, non pas selon raison et objectivité, mais selon
passions obscures et hautement imprégnées d’une mythologie ancestrale qui s’inspire de l’amour de la Nature.


Or dans le Wandervogel, tel que Holderlin d’abord et Heinriche Heine plus tard la décrivent : « Les pires destructeurs de la civilisation, seront les philosophes de la Nature » ...
Affaire à suivre ?