Tôt ou tard ça devait arriver. Va savoir pourquoi,
mais les vieux amis rencontrés jadis sur les bacs des amphithéâtres de la fac et avec lesquels on a fait les 400 coups, mais qu'on a aussi perdus de vue depuis, s’entichent toujours à ne
jamais nous lâcher les baskets, même 15 ans plus tard.
Ces derniers semblent inaptes à magnanimement tourner la page sur une amitié désormais morte.
Pourquoi ne sont-ils pas tous comme moi qui, j’avoue sans nulle honte, d’être aucunement le bon camarade à la Bruel, motivé par le classique « rendez-vous dans 10 ans » ou 20 ans, j’sais plus.
Mon crédo est que lorsque l’ami a bifurqué – à droite ou à gauche – de la ruelle, je cesse sur le champ de le poursuivre et du regard, et de ma pensée.
Bon vent, l’ami. Et hâte, si possible, davantage tes pas pour passer ton chemin bien loin de ma vie.
Elle est pas belle l'amitié, non ?
Sacré Benoît. Ni brillant, ni débile, juste moyen dans ses études supérieures, il avait bien compris qu’il fallait consolider autrement que par les études, ses chances de
réussite.
Des deux choses l’une.
Soit il s’efforçait de bâtir un important et efficace réseau professionnel, grâce à la sueur de son front - et rien n’était moins sur - soit il tablait pour un mariage ad hoc.
C’est cette seconde hypothèse qui rencontra sa plus enthousiasmante adhésion. Cela était d'ailleurs en parfaite cohérence avec lui-même car, aussi loin que je me souvienne, il a
perpétuellement été un sacré mol et paresseux épicurien.
Oui, bon j'avoue. Soit. On était des très bons copains ... jadis ... !
Voilà ce que j’appelle une efficiente gestion prévisionnelle. Une pierre, deux coups …
Ripant à moult reprises dans sa trop imparfaite intention d’élever dans la performance, un solide parcours métier à la progression rapide et à l'ascension verticale, l’ami Benoît, chérissant le choix du « beau mariage ». Il choisissait, de ce fait, la réussite sociale sans efforts.
Dans nulle école de confucianisme au monde ou pouvait rencontrer autant de sagesse que de fainéantise à la fois.
Mais soyons francs, ses vieux restes corrélatifs à son joli minois et à son physique avenant d’antan, nonobstant les cruelles prémices d’aujourd’hui
relatives à un épaississement adipeux abdominal flagrant, et d’une genèse de calvitie galopante, pouvaient encore l’autoriser à prétendre à un mariage avantageux socialement, à condition
néanmoins qu’il ne s’y attarde pas trop en si bon chemin.
Le temps qui passe, on le sait, scande toujours et inexorablement la dégénérescence de notre mortelle condition.
« Oh ! Tempora, oh mores ».
Disaient sans cesse et jadis, mes ancêtres les Romains ...
Quel ne fut donc pas mon ébahissement lorsqu’en triant mes abondantes factures, relances, mises en demeure, injonctions du Trésor Public diverses qui
constituent l’ordinaire de mon abondant courrier d’après les fêtes, de relever avec surprise, submergé
dans la masse, le voyant faire-part de mariage de mon indicible ex-camarade Benoit.
Le premier sentiment qui prévit fut un indicible mouvement d’effroi car il fallait envisager, à coup sur, des dépenses additionnelles.
Or mes décharnées économies semblaient encore subir inlassablement les contrecoups de la crise financière du crack de 1929 …. Merci mon Benoît : tu tombes
toujours avec un à-propos sidérant …
Mais bon : toutes mes félicitations quand même.
Son propre prénom, qui n’a jamais, selon moi, constitué une authentique réussite dans le discernement de ses
parents à l’esprit facétieux, était de surcroît jumelé avec un nom de famille on ne peut plus ridicule
(mais sur ce point on n’y peut rien).
Un bien burlesque patronyme qui accroissait encore plus, aujourd’hui, l’impact caricatural lorsque on pouvait lire sa dénomination qui juxtaposait,
sur l’élégant faire-part ambré, le nom de famille composé et à la double particule, adjacent de trois prénoms assurément patriciens, et dont sa
future épouse pouvait se prévaloir.
Le mariage de la carpe et du lapin.
Le roturier accomplissait le coup du siècle.
Pénétrant de la sorte la société de la petite aristocratie de campagne, il appréhendait le fruit à l’instar d’un ver : en le corrompant.
Cela exhalait un arrière gout d’avarié et de combines à deux balles.
Mais « total respect » quand même, mon admirable et fort opportun : Benoit. Joli coup !
Après renseignements pris, j'ai appris que la lignée de la Maison de sa future épouse, petite noblesse de robe, subsistait depuis les ères reculées de l’ancien régime.
Ses anciennes racines s'enfonçaient dans la profonde campagne du Massif Central.
Ce qui relativisait la magnificence de cette aristocratique Maisonnée.
Le hic, c'était que loin, très loin de Paris, éloignée de la capitale et du pouvoir, la future belle famille de
l’ami Benoît, semblait obstinément depuis toujours rechercher incorrigiblement la moindre passerelle indispensable à l'attache avec les réseaux
spécifiques à l’autorité centrale – royale ou républicaine - qui inlassablement se situent depuis toujours dans la capitale.
Comment lutter contre ce terrible handicap constitué par l'éloignement géographique avec Paris de cette très, très provinciale noble Maison ?
En somme, ce trou du cul du monde, freinait assurément, à cette famille patricienne, l'accès à l’ascension sociale. Une situation bien agaçante qui ralentissait toute ambition et tout espoir de carrière éclatante pour ses glorieux rejetons.
L’ascenseur social hélas, était fort bien en panne, surtout lorsqu’on démarre dans la vie avec des telles entraves cruelles.
La future belle famille de Benoît avait beau être ancienne et noble, sa notoriété ou son prestige étaient rendus imperceptibles par les couches des crottes et du purin qui émaillent les tréfonds de ces riantes contrées de la France campagnarde et ,accessoirement, le blason familial.
C’est étrange : en France on peut être aristocrate et néanmoins bouseux. Une particule qui empeste les excrétions animalières, n’a jamais été reconnue comme étant bien « smart » dans la haute société hexagonale. Tu parles d’égalités des chances … Mais que fait la Halde ?
Il n'empêche, pas si étourdi que ça, notre Benoît. Il avait compris le truc.
Bien résolu de profiter de ces circonstances, il pouvant désormais prétendre à une noblesse de cloche ou un anoblissement à la mode "second empire", en offrant en contrepartie de ce mariage
et grâce à sa ronflante carrière dans la magistrature de Paris, le viatique pour la capitale que
depuis des siècles, fuyait cette Maison.
Sacrée de plébéien opportuniste, va.
Cependant un Baron de plus ou de moins, pas de quoi pousser des cris d’affolement, ou de quoi réveiller l’esprit jacobin qui sommeille en nous
fervents républicains que nous sommes, n’est ce pas ?
Pourquoi donc s’offusquer autrement d’une si disgracieuse et peu favorable union avec ce futur gendre « sine nobilitate » ?
Dans ce mariage de circonstance, le principe du « gagnant/gagnant » pour chaque partie prévalait.
L’honneur était sauf.
Allez, soyez honnêtes : souffrez enfin qu’il y ait un peu d’amour, quand même, entre les ces jeunes futurs époux… Et la morale sera sauve.
La semaine qui s’en suivi à la réception du faire-part de ces noces, Benoît allait, dans la foulée, m’appeler.
C’est étrange, pensais-je, voilà qu’on avait mutuellement tronqué tout contact depuis 15 ans au moins, et la, soudainement : une missive cachetée, suivie par un coup de fil quasiment en même temps.
Je n’en revenais pas.
Compte tenu des caractéristiques de mon patronyme, le futur époux me proposait de le seconder en qualité de témoin du marié.
Histoire peut-être d’illustrer à sa future belle famille, que lui aussi disposait d’un carnet d’adresses "snob ad hoc" …
Ad hoc, tu parles !
Juste pour y mettre les formes, tu veux dire !
M’aurait-il honoré avec autant d’attentions aimables si d’aventure je m’étais
appelé : Dufion, ou un truc comme ça ?
Je m’interroge …
Au moins il avait le mérite d’être franc.
Voilà ce qui s’appelle avoir du suivi dans ses idées.
« Mais quelle surprise, mon cher Benoît. Mais avec plaisir, mon vieux. C’est un honneur que tu me fais la » … Je me suis entendu dire ces deux phrases machinalement et sans enthousiasme aucun.
Bon, désormais il fallait penser à dégager du temps et un peu de moyens, pour la recherche et l’acquisition d’un habit de circonstance.
A la campagne et dans les familles à la noble extraction, on apprécie qu'on y mette le décorum, le protocole et l'étiquette. Et la chemise en soie blanche, et les boutons de manchettes, et la
lavallière, et l'épingle à cravatte, et le costume trois pièces, et les bottines "Crockett & Jones" noires ...
Reste que je déteste la campagne et qu’un mariage, dusse-t-il être patricien, c’est aussi chiant qu’un discours de politique générale prononcé par un conférencier bègue narcoleptique.
Mais rassures-toi, Benoit : je vais prendre sur moi....
(... A suivre)
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Je pressens le pire ...
LIZAGRECE
Pressentiment du pire, hein Liza ? Lol.
C’est que tu commence désormais à bien me connaitre, n’est ce pas ?
Va pour le pire, donc ! Madame est servie...
Biz
bisou...
Et, existe-t-il quelque part ce fameux bonheur don tu parles ?
Peux-tu m’en communique l’adresse où puis-je m’en approvisionner ?
Merci d’avance pour le bon tuyau …
;-)
LIZAGRECE
Sourire…
C’est un authentique plaisir alors que de te rendre service, Dame Liza.
Ravi aussi de retrouver tes comm’s.
1000 biz à toi
:0010 :
Ecrire des romans de gare alors.
Une nouvelle collection "Arlequin" avec une tondeuse en 1ère de couv.
Lol.
Point la peine d'acheter, ma belle Handi@dy.
Pour toi ça sera gratuit !
Biz !
:-)
Faut pas acheter en doublon !!
Lol